Je scrutais seule la mer
Lorsque tu tu te dévoilas
Pour la première fois à moi
Dans ta robe solaire
Tes cheveux bouclés reposant
Sur tes épaules et ta poitrine
Tes mains gracieuses et fines
Et la lumière de tes yeux aveuglants
J’étais alors enfant, et jamais
N’avait aimée avant toi
Et, ayant admirée ton éclat,
Plus jamais je n’aimerais
Dans le miel je pensais te voir
Dans sa douceur et ses reflets d’or
Chaque femme chantant l’amour
Semblait le faire à ta gloire
Et au fil des ans, par amour
Je devins ta prêtresse assidue
Rêvant en secret, priant nue
Devenir ton amante un jour
Rêvant de tes bras,
De tes cheveux et tes lèvres
De ta chaleur et ta caresse
De ton corps divin sur moi
Je pensais parfois à Icare
Qu’on disait mort par hubris
Ayant brûlé ses ailes factices
Cherchant à atteindre ta gloire
Si, de mes propres ailes
Je cherchais à te toucher,
Par amour pour ta beauté
Mourrais-je d’avoir aimée le soleil ?
Alors, par un jour d’été
Je scrutais la mer à nouveau
Des ailes de cire dans mon dos
Je voulais voir l’aube se lever
Je te vis pointer à l’horizon,
Alors je me mis à voler
Battant des ailes, portée
Par la vue de tes rayons
Déjà je sentais ta chaleur
Inonder mes épaules nues
Me faisant désirer plus,
De me rapprocher encore
Plus que quelques battements d’ailes
Et enfin, je pourrais te toucher
Après tant et tant d’années
À en perdre le sommeil
Enfin, j’étais dans tes bras,
Tes paumes parcourant mon dos,
Brûlant la cire à même ma peau
Je ne le sentais presque pas
J’eus le temps d’un baiser
Un seul, mais suffisant
Donnant un sens éclatant
À une vie passée à t’aimer
Ce fut tout, et me voilà
Tombant vers les flots
M’écrasant contre l’eau
Coulant loin de toi
La mer et ses courants,
Le sel dans les plaies
Laissées par la cire brûlée
Sur mon dos meurtri
Ne peuvent me faire regretter
La douceur de tes lèvres
Le plaisir et l’ivresse
De ce baiser volé
Alors que mon corps brisé
Sombre lentement dans le sommeil
C’est de ne plus voir ton soleil
Et de ne plus t’entendre chanter
Qui me tue vraiment